ASV ? Ptdr. Kestufé. Bjr, koi 2 9 ? Si ces quelques lignes t'ont fait sourire tout seul devant ton écran, pas besoin de t'expliquer la suite : tu parles couramment une langue qu'on ne parle presque plus. Celle du tchat d'avant, celle qu'on tapait à toute vitesse sur les grandes plateformes de discussion et les blogs qui ont marqué le début des années 2000. Petit voyage dans le lexique d'une époque où l'on écrivait vite, mal, et merveilleusement bien à la fois.
ASV, la question qui ouvrait toutes les portes
Impossible de commencer sans elle. « ASV ? » — Âge, Sexe, Ville — était la question rituelle qui lançait presque toutes les conversations avec un inconnu, que ce soit sur un salon de tchat, un forum, ou plus tard sur MSN Messenger. Trois lettres, trois infos, et on savait à peu près à qui on avait affaire avant même d'avoir échangé un vrai mot. Aujourd'hui on trouverait ça sec, presque brutal. À l'époque, c'était juste le protocole de politesse numéro un du tchat.
Le langage SMS avant l'heure
Le clavier était le même qu'aujourd'hui, mais on ne l'utilisait clairement pas de la même manière :
- Ptdr — « pété de rire », l'ancêtre direct du mdr et du lol, en plus expressif.
- Kestufé / Keskice — « qu'est-ce que tu fais » et « qu'est-ce que c'est », écrits comme on les prononçait, sans se soucier une seconde de l'orthographe.
- Koi 2 9 — « quoi de neuf », la formule qui a fait grincer des dents bien des professeurs de français, et qui reste pourtant un petit chef-d'œuvre de compression phonétique.
- A+ — « à plus », la formule de politesse pour clore une conversation, toujours d'actualité d'ailleurs.
- Mdr — le grand classique, toujours vivant lui aussi, contrairement à la plupart de ses cousins de l'époque.
Les symboles qui remplaçaient les émojis
Avant que les émojis en couleur n'envahissent nos claviers, on exprimait ses émotions avec de la ponctuation pure : :) pour le sourire, ;) pour le clin d'œil complice, :( pour la tristesse, xD pour le fou rire. Il fallait pencher la tête pour les lire — littéralement — et ça n'a dérangé personne pendant des années. C'était presque un jeu de le faire deviner à qui ne connaissait pas encore le code.
Le pseudo, cet art à part entière
Choisir son pseudo, c'était un exercice sérieux. Un savant mélange de son prénom déformé, d'un chiffre porte-bonheur, d'une référence à sa musique ou sa série préférée, parfois d'un jeu de mots dont on était fier pendant des mois. xXx_DarkAngel_xXx, LunaStar83, ou simplement un prénom suivi de l'année de naissance — chacun avait sa signature, et en changer était presque un événement en soi. Le même pseudo pouvait d'ailleurs te suivre d'une adresse Caramail à un salon de tchat, puis à ta messagerie instantanée : c'était un peu ta carte d'identité numérique de l'époque.
Un lexique qui voyageait entre tous les tchats de l'époque
Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce langage de tchat ne s'est pas construit sur une seule plateforme : il a circulé des salons IRC vers le webmail-tchat de Caramail, puis vers MSN Messenger et sa liste de contacts, avant de s'installer aussi sur les blogs Skyblog où l'on commentait la vie des uns et des autres dans le même argot. Chaque tchat avait ses habitués, mais tout le monde se comprenait avec les mêmes codes — ptdr voulait dire la même chose sur chaque salon, et changer de tchat ne voulait pas dire changer de langue.
Ce vocabulaire a disparu, l'envie de parler n'a pas bougé
Ces expressions ont vieilli, certaines nous font sourire aujourd'hui, d'autres nous semblent carrément incompréhensibles pour qui ne les a pas vécues. Mais ce qu'elles racontent, en creux, c'est une manière de communiquer qui n'appartenait qu'à nous : rapide, inventive, complice, avec ses codes que seuls les habitués maîtrisaient vraiment.
Ce langage-là a disparu avec les plateformes qui l'ont vu naître. Mais l'envie qui le portait — discuter vite, librement, avec des gens qu'on ne connaît pas encore — n'a jamais quitté ceux qui l'ont connue. C'est exactement l'esprit qu'on a voulu garder sur letchatdavant : les mots ont changé, l'essentiel non.
letchatdavant est un ensemble de salons de discussion gratuit et modéré du réseau Chatteurs.com , pensé pour celles et ceux qui ont connu et aimé le tchat des années 2000.